Literature


POUR VRAIMENT DÉCOUVRIR MONTRÉAL

par Carl Fombrun

P
our vraiment découvrir Montréal, qui de plus en plus ressemble à une ville européenne, il faut s'éloigner des lieux communs tels les églises, le Mont-Royal, les grands restaurants, les grands magasins, le Canal Lachine, les grandes universités, etc., et suivre des chemins moins fréquentés par les touristes. En fait, je dirais que le meilleur moment de visiter cette petite Métropole de 2 millions d'habitants est la saison d'automne où la température est des plus clémente, pas trop humide et pas trop froid.

Dans le passé, à plusieurs reprises j'étais venu à Montréal mais je m'étais surtout limité à me promener dans les quartiers bien connus du grand public. Cette fois-ci, j'ai pu découvrir des rues telles que le Chemin de la Côte des Neiges où plus de 90 ethnies se côtoient et vivent en harmonie.

J'ai pu en me promenant dans le quartier Notre-dame de Grâce rencontrer bon nombre de Montréalais de langue anglaise dont plusieurs d'entre eux sont originaire des Caraïbes : Jamaïque, Barbade, Trinidad, et d'autres îles antillaises. De plus, au cours de mes randonnés, j'ai découvert des petits restaurants, offrant un menu souvent intéressant, à prix abordable où l'on peut apporter son propre vin.

Parlant de vin, je constate que les Montréalais ressemblent de plus en plus à leurs cousins de France dans leur consommation de ce produit, ce qui n'était pas le cas, il y a vingt ans. L'achat de vin dépasse aujourd'hui celui de la bière au Québec. Le « p'tit rouge » comme ils le disent est à l'honneur.

Le Montréalais n'a pas un menu typique, il peut aussi bien aujourd'hui avoir sur sa table des mets chinois, le lendemain préparer un repas tout à fait français et un autre jour on peut le retrouver mangeant des mets de
l'Inde ou du Moyen-Orient. Leur menu quotidien est totalement international. Vive la globalisation !

Les Montréalais d'aujourd'hui sont de divers types physiques, ce qui me rappelle un peu le Brésil avec le mélange de plusieurs races. La majorité des jeunes quelle que soit leur origine ethnique parlent les deux langues officielles du pays le français et l'anglais, bon nombre d'entre eux parlent jusqu'à quatre langues.

Je ne peux décrire tout ce que j'ai pu trouver à travers mes randonnées ici, mais pour ceux qui veulent vraiment observer les charmes de Montréal, évitez de passer par les voies officielles, mais plutôt profiter de
l'excellent service de transport métro et autobus. Où, pourquoi ne pas faire des randonnées pédestres ou par ce moyen le charme de toute ville est plus appréciable?


Le pylone électrique

Par Lochard Noel

Je reprends une vieille habitude que j’avais perdue depuis longtemps: lire à l’ombre du réverbère d’un pylone électrique. Ce geste me rappelle ma plus tendre enfance dans les quartiers de Port-au-Prince. Je savoure l’histoire, bois les mots et les phrases comme les petits patés chauds et ces “bobons sirop” que vendait “DA DA DA DAME” sur la place du Champs de Mars. C’était très délicieux ces petits patés et ces “bonbons sirop” bien chauds. J’ai encore dans la bouche la saveur de ces petites merveilles qui faisaient la joie de mon enfance.

J’étais au lycée Pétion. Les livres étaient ma passion. Je lisais toutes sortes d’ouvrages. Des romans policiers, Agatha Christie surtout, debout au marché Vallière à Port-au-Prince pour dix sous seulement. Et c’était pas bien grave si l’on était fauché un de ces matins ensoleillés et beaux de l’été . On pouvait toujours payer la semaine qui suivait. Le bouquiniste n’allait pas faire un procès pour cela.

Je n’ai jamais su pourquoi. Quand j’étais petit les matins à Port-au-Prince étaient toujours ensoleillés.

C’est beau et réconfortant d’y penser. Et puis les gens savaient se lever de très tôt (et aujourd’hui encore) pour entreprendre leurs ébats quotidiens. C’était fait de façon presque automatique. La sirène de la HASCO ou le chant du coq, ou bien les cloches du cireur de bottes aidant.

Je me suis toujours demandé s’il existe d’autres peuples à pouvoir se réveiller aussi tôt le matin que le peuple haitien. On se levait tôt pour aller à l’église

( messe quatre heures). On se levait tôt pour aller au travail. Les Dames Saras se levaient tôt pour aller au marché. Les amoureux se levaient tôt pour se rencontrer. Les marchandes de café, de canne à sucre, de tito, de roroli, de boules SaintLot, de “Bougonnen”, de roroli, de clairin, de pois noir, de riz, d’huile d’olive, de…, les travailleurs du batiment, les pêcheurs en eau claire et en eau trouble, les enfants des rues, les croque-morts, les veilleurs de nuit ( et pourquoi pas, eux –aussi se levaient tôt.)

On se levait tôt pour aller étudier sous les lampadaires des places publiques. J’étais pas le seul à lire ou étudier sous les lampadaires. On était nombreux à le faire.

Mais ici, sous ces lampes géantes des pylones électriques, il n’y a que moi, mon livre, mon passé, des souvenirs et les personnages auxquels je souris et parle quand l’action suit un tournant inespéré et inatendu.

Lochard Noel


Mon Pays que Voici...
(rubrique éditée par Mireille Sylvain-David, Ecrivain/Poète)

Chers compatriotes,
Je suis très triste et très inquiète pour l’avenir du pays. Tandis que je
vois notre souveraineté menacée, je sens un malaise étrange. C’est la
première fois depuis mes trente quatre ans à l’étranger que je suis à
court d’arguments pour justifier notre façon d’agir. Cette haine féroce
que nous véhiculons l’un pour l’autre n’est pas normale. Elle ne peut
plus être originaire de l’époque coloniale. Nous avions laissé la
politique, l’amour du pouvoir et l’avarement, ces virus mortels, faire
leurs cours dans ce terrain haineux qu’est devenu notre cœur face à notre
chère nation. Qu’allons nous faire pour changer l’ordre des choses et
apprendre à nous respecter et aimer l’un l’autre?

J’espère que ceux qui me liront essaieront comme moi de trouver l’origine
de notre haine mutuelle. De là peut-être arriverons-nous à trouver la
guérison de ce mal chronique qui nous empêche d’éduquer nos frères avides
de connaissance et de sauver les enfants de la rue, de les nourrir dès
la naissance d’aliments et de savoir. Qui sait peut-être la Transcendance
nous pardonnera enfin nos incompréhensions !

Mireille Sylvain-David (Mimi)
Ecrivain/Poète
P. Si vous voulez faire partie de cette rubrique envoyez vos suggestions et
notes à Mireille Sylvain-David admin@lakaymagazine.com

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