LE
JUGE FRED SERAPHIN ET LA QUESTION DE LA JUSTICE ENTRE HAITI ET LA
FLORIDE
par Adyjeangardy
Invité à plusieurs reprises à participer à des forums sur la justice
en Haiti, le juge Fred Séraphin d'origine haitienne qui fait la
fierté de la communauté haitienne de Floride, estime qu'il faut
souhaiter en Haiti une réforme en profondeur des normes et procédures
judiciaires. Il sait tout aussi bien que les deux pays aussi proches
géographiquement le sont tout aussi éloignés juridiquement. Pourtant
toute réforme judiciaire haitienne
devrait regarder même de profil du coté de la Floride ou vivent
une population de 500.000 créoles crachés par Haiti sur les rives
américaines.
Les juges haitiens invités récemment par le juge Fred Séraphin ont
passé une semaine à réapréndre le syllabaire juridique étasunisien
sans parvenir totalement à convaincre leurs homologues de la necessité
de se mettre aussi à l'école haitienne. Malheureusement le président
de la Cour de Cassation d'Haiti, venu en Floride, en la circonstance
s'est retrouvé littéralement malade, incapable d'expliquer les différences
de structures pour les uns et les autres, de nature à influencer
une réforme américaine par rapport à Haiti. Effectivement les USA
devraient obligatoirement s'adapter pour une meilleure compréhension
des réticences de la plupart des juges haitiens sur un certain nombre
de cas. Le juge Fred Séraphin, nommé à ce poste par le Gouverneur
Jebb Bush, à ce stade des débats ne peut que se poser des questions.
Fred Séraphin se moule dans la tradition de common law de la structure
fédérale américaine qui en matière pénale par exemple dépend de
la compétence des Etats. Il en résulte certes une coexistence au
niveau des 52 systemes pénaux, toutefois 90% des infractions pénales
sont poursuivies devant les juridictions de chaque Etat suivant
ses propres lois. En l'absence de Convention internationale ou de
Convention spécifique entre
Haiti et un Etat, tel la Floride, la coopération judiciaire se pratique
sur la base de la réciprocité, ou sur des lettres diplomatiques.
Haiti le plus souvent n'exige aucun recours et les Etats (le plus
souvent l'Etat de New-York ou de la Floride) décident pour le pays,
suite aux décisions des juges américains. Ces derniers quelquefois
attendent les réactions des juges haitiens qui ne viennent généralement
pas. Or en fonction même de
l'influence de la Common law sur les procédures pénales, les droits
de recours sont multiples et le droit de la défense est particulièrement
protégé.
Entre Haiti et la Floride, les deux systemes judiciaires s'ignorent,
ce qui laisse la porte ouverte à tous les abus. Une procédure de
coopération judiciaire peut être retardée selon la loi et les normes
qui gèrent les institutions juridiques de deux Etats. Avoir la chance
d'avoir un juge d'origine haitienne est une aubaine (non pas de
relations publiques) mais
d'échanges de renseignements et d'informations susceptibles d'améliorer
les relations entre les deux pays.
S’il est vrai que la Constitution américaine et la pratique jurisprudentielle
de la Cour Supreme accorde l'autorité au gouvernement fédéral dans
la conduite des relations internationales, il est aussi vrai que
la justice est indépendante aux Etats-Unis et que des cas de jurisprudence
en ce qui a trait à la défense d'un citoyen peuvent être soumis
à une analyse rigoureuse et même des échanges de notes entre juges
de pays différents dans le cadre de l'investigation judiciaire et
même les influencer dans le sens de la justice réelle. Surtout en
ce qui concerne le code pénale ou le code civile. Signalons par
exemple que les divorces réalises par la justice américaine ne sont
pas forcement reconnus par la justice haitienne alors que les divorces
haitiens sont automatiquement reconnus par la justice américaine.
Le juge Fred Seraphin qui a toujours répondu aux demandes haitiennes
pour des échanges de vues, et qui a facilité les récents voyages
des juges haitiens en Floride, s'interesse peut être à des cas compliqués
dont il aimerait comprendre les contours. Prenons un autre exemple
typique: les cas d'extradition massive de citoyens jetés dans des
avions et déportés vers Haiti sans autre forme de procès. Le plus
souvent aucun juge haitien n'est averti, aucun document ou report
avec des charges précises n'accompagne le délinquant encore moins
aucun défenseur public ne l'attend à l'aéroport, et le déporté se
retrouve systématiquement arreté et emprisonné pour des temps illimités.
Le traité d'extradition entre Haiti et les Etats Unis, qui commence
par être sérieusement jauni, est, on le sait, très mal adapté aux
réalités actuelles des deux pays et mériterait d'être tout aussi
réformé, dans le cadre de missions conjointes de juges des deux
pays et non de politiciens.
En général les traités d'extradition sont des instruments "à liste"
qui énumèrent un certain nombre de délits, et les souhaits des juges
des pays extraditeurs. En Haiti il n'y a ni liste de délits, ni
souhaits en général, simplement des colis de bandits qu'on envoie
par paquets échouer en enfer.
Il est juridiquement incorrect également pour Haiti d'extrader un
citoyen américain (pour un crime quelconque) s'il est appelé à subir
la peine de mort. En fait depuis que la Cour Suprême des Etats-Unis
ait décidé en 1976 que le 8e Amendement de la Constitution américaine
n'interdit point la peine de mort, 38 Etats l'ont réintroduit dans
leurs lois et leurs moeurs (chaises électriques, pendaisons etc).
Entre 1976 et 1981 chaque année les Etats-Unis s'offraient un condamné
à mort. En Décembre 2003 le chiffre avoisinait déja
une centaine pour l'année. La Convention Européenne d'Extradition
interdit d'extrader vers les Etats-Unis, toute personne susceptible
de connaitre la peine de mort, de même que la loi pénale de 1985
en Haiti non seulement abolit la peine de mort, interdit aussi aux
juges d'extrader tout citoyen étranger , appelé à subir la peine
capitale dans son pays. Il y a 6 mois à peine Haiti a dérogé à cette
loi et extradé en vitesse un pasteur américain
recherché par le FBI pour des crimes de viol sur des mineures et
un ou deux assassinats. Il est sur la prochaine liste de la chaise
électrique. Là encore, les Etats-Unis et Haiti ont un véritable
débat à relancer. Il s'agira d'ajuster leurs arcs pour que la justice
n'ait pas deux poids, deux mesures. Le juge Fred Seraphin est en
bonne position pour écouter les
haitiens. Il leur suffira de lui parler à coeur ouvert. Souhaitons
qu‘aux prochaines elections en Floride la victoire du Juge Séraphin
sera une continuation positive pour l‘honneur d‘Haiti et des Etats
Unis d‘Amerique...
Adyjeangard