Les rues sont un peu désertes. Très
peu de voitures circulent. La vie semble bien calme.
Il est déjà honze heures. La radio
diffuse des chansons de Tino Rossi que ma mère aimait beaucoup et
avec passion: Guitare d'Amour, Sérénade sans espoir…Quand j'étais
petit, ma mère savait par coeur près d' une trentaine de chansons
de Tino Rossi qu'elle copiait dans un cahier quadrier qu'elle
cachait dans une malle en métal.
C' était surtout Guitare d'Amour
qui lui plaisait le plus. Quand elle "accompagnait" Tino,
elle déposait sa main droite doucement sur sa poitrine et fermait
les yeux et martelait les phrases d'une voix fine et veloutée.
Je savoure après plus de trente ans
à mon tour les chansons de Tino Rossi. Cela métonne, je pensais
que cétait fini, Tino.
Nous avons fait un arrêt chez une
amie prénommée Patrice que ma femme a recontrée en Afrique dans
les années soixante dix. Patrice est devenue beaucoup plus belle.
Malgré ses quarante sept années, elle a un corps élancé qui lui
donne l' air d'une fille de quinze ans. Lili lui demande l' adresse
du boucher qui savait l'approvisionner en viande fraiche. Patrice
nous apprend que Dumont, le boucher, est mort depuis l' année dernière.
-Oui?
-Mais oui, Lili, Frère Dumont a
trouvé la mort ça fait déjà un an.
-Il était malade
-Non, d' après ce qu'on a dit,on a
envoyé sur lui une paire de Zombies.
-Vraiment?
-Oui, c'est ce qu'on m'a fait savoir
-C'est bien drôle ça!
-ça, il faut le dire!
Marc, l' ami de Patrice vient dans
sa Jeep Cherokee flambant neuf avec un autre type, un monsieur de
haute taille portant un pull over de couleur blanc et un blue jean délavé,
une paire de tennis Adidas et des bas blancs. Marc, lui, comme
toujours, a l'air d'être ivre. Titubant dans son buste d'ancien
athlète, il porte un maillot blanc avec une photo qui montre un
type qui savoure un verre de White Label (Whisky). Marc chausse lui
une paire de bottes Cow_boy de couleur noire et un blue jean.
Ils viennent chercher Patrice pour
l'emmener voir quelqu'un qui vit à Léogane.
Marc avec sa gentillesse proverbiale
est venu nous saluer, Lili et moi, avec beaucoup de chaleur et
d'entregent. Comme toujours, il mache du coin des lèvres, un
“sale mégot.”
-Comment ça va, mes enfants?
-ça va Marco, nous lui répondions.
-Comment se portent les petits
diables? (nos enfants à nous)
-Ils se portent très bien merci.
Marc dit quelque chose à l''oreille
de Patrice et cette dernière entre dans la voiture Cherokee qui
fait un drôle de bruit dans la poussière dominicale de
Port-au-Prince. Et nous nous dirigieons au marché de la Croix des
Bossales.
( L’Impossible Retour-Inédit)
Lochard Noel