Les vacances
d‘été.
C‘est déjà l‘été, en Floride.
La chaleur est terrible. Les plages sont surchargées. Mais c‘est
pas tout le monde qui peut se payer le luxe d‘aller à la plage.
Les soucis de la vie et la situation socio-économique de certains,
les empêchent de s‘adonner à ce genre d‘activité.
Mais je ne pense pas que l‘on ait besoin d‘être riches
pour jouir de la beauté de la nature et de l‘existence.
En écrivant cette chronique j‘ai dans la mémoire des
souvenirs encore bien vivants qui appartiennent à ma plus tendre
enfance. Les livres, les vacances à la Plaine Du Cul de Sac, ma
grand-mère… C‘est déjà bien loin tout
cela. Cela fait déjà bien longtemps.
L‘été du temps de mon enfance, c‘était
la Plaine du Cul de Sac, les mangues Muscat, “Francisque“,
les cannes à sucre, les bons bains dans les sources et rivières,
les jeux avec les enfants de mon age… Et ma grand-mère paternelle
nous préparait très tôt le matin des patés chauds
avec du harang saure. Des patates douces et des repas bien chauds du terroir..
C‘est déjà fini tout cela. Cette enfance que je porte
encore dans mon Coeur. En ce temps-là, les filles étaient
belles et chantaient des chansons que j‘ai encore, là, tapies
dans un petit coin de mon subconscient. Ici, je revis ces souvenirs, dans
une Floride chaude comme l‘été, quand l‘été arrive, à grands
pas. Je marche dans la ville en rememorant des sequelles de ce bon vieux
temps qui est déjà parti. Ici les gens s‘ennuient et
cette vaste solitude imprimée sur tous les visages, semble vouloir
dire que la vie ne vaut pas la peine d‘être vécue.
C‘est du moins cette conversation pessimiste que j‘ai entendue
hier soir, dans un coin de rue de Little Haiti entre en homme agé et
une femme frisant la trentaine.
L‘homme venait de son travail dans un restaurant à l‘aéroport
de Miami ou il prépare des sandwiches de pastrami et de rose beef,
disait-il. Il est habillé impeccablement avec un patalon noir et
une chemise blanche à manches longues. C‘est son uniforme.
Sur la chemise, son nom imprimé en lettres de couleur blache, est
bien visible. Il s‘appelle J…
La femme, une jolie négresse aux dents blanches et aux cheveux
coupés bien ras jusqu‘au dessus de ses oreilles ou pendent
des boucles clinquents qui dansent sur une robe bleu ciel qui descend au
bas du genoux. Elle ressemble bien à un personnage de la peinture
naïve haitienne.
L‘homme parle de ses enfants emportés par l‘inondation
qui s‘est abattue sur Haiti au mois de mai dernier. Et la femme parle
plutot des solutions à apporter. Ell disait faire partie d‘un
comité d‘aide aux sinistrés. Deux personnages bien
différents donc. L‘un parlait de la mort et l‘autre
de la vie. De l‘avenir. Des corrections à apporter aux victimes
.
La vie est ainsi faite.
-Je n‘ai jamais été heureux, moi, dit l‘homme.
Cela fait 10 ans que j‘habite ici. Toujours des problèmes.
L‘année dernière j‘avais perdu ma femme dans
une catastrophe d‘un genre différent. Et aujourd‘hui,
j‘ai perdu mes quatre enfants . Même Dieu est contre moi.
-Je te présente mes condoléances, monsieur J. Je partage
tes souffrances. Mais ce ne sont pas les plaintes qui vont solutionner
tes problèmes. C‘est lache, les plaintes et les pleurs.
Moi aussi je viens de perdre des parents
qui m‘étaient très
proches. Je viens de faire un transfert sur Haiti. Cela m‘a touchée
directement. C’est la raison pour laquelle je fais partie de ce comite
dont le but est d‘aider les victimes.
-Tu penses que ce comité va pouvoir aider réellement les
victimes de cette inondation? Je ne pense pas. Nous sommes un peuple de “coquins“ et
de voleurs, nous. On se sert toujours des misères des autres pour
s‘enrichir.
-Tu es amer, toi. Comment se fait-il que
tu raisonnes ainsi? La vie n‘est
pas
toujours aussi noire que tu veux me faire croire. Dans toutes les sociétés
humaines, il ya de bonnes gens et de mauvaises gens. Je t‘assure
que ce comité qui travaille pour aider nos compatriotes victimes
d‘une catastrophe naturelle, est très sincère et les
aides reçues vont être directement acheminées en Haiti.
-Bonne chance dit J.
-Merci et je t‘assure que je vais avoir
de bonnes vacances.
-Pas moi, dit J.
Lochard Noel