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INTERVIEW
AVEC L'ÉCRIVAIN JEAN MIOTEL CASTHÉLY
J'AI
LE PLAISIR D'AVOIR AVEC MOI Jean Miotel Casthély, résidant
au Canada, le jeune frère du bien connu Dr. Franklin Casthély
résidant à Miami et qui, comme moi, pendant un temps,
parlait à la radio en Floride. Je m'en souviens bien. Jean
Miotel Casthély a ses propres mérites. Je lis dans
sa biographie qu'il est né à Saint-Marc, Haiti. Au
sortir de ses études primaires, écoulées dans
sa ville natale, chez les Frères de l'instruction chrétienne,
il rentre au Petit Séminaire Collège Saint-Martial à Port-au-Prince,
d'où il sort 7 ans plus tard pour intégrer l'École
Normale Supérieure. |
Là, conjointement avec deux de ses condisciples de la
Faculté, il écrit son premier essai sur la litérature
haïtienne: Le romantisme en Haïti, (La vie intellectuelle
1804-1915). Homme de lettres et musicien, Jean Miotel
Casthély se consacre depuis 20 ans à transmettre à la jeunesse
québécoise sa passion de la langue francaise et du ballon pieds,
le sport de son enfance.
Bienvenu
Jean Miotel Casthély sur le “Coin de Carl Parlant de Tout et de Rien.” Je
vous remercie, Jean , pour votre gentille dédicace à ma personne
dans votre dernier livre intitulé “Nègre et Prof” à l'école
de Sisyphe. Jean Miotel Casthély, je suis flatté par votre dédicace: “ Mon
livre est un livre d'amour. Je dédicace cet exemplaire en toute simplicité à Carl
Fombrun pour son implication dans l'éducation tant intellectuelle que
politique du peuple haïtien. Merci de votre appui.” Signé: Jean Miotel
Casthély. Venons au livre, j'aurai des questions élémentaires,
ne l'ayant pas lu en profondeur. et vous laisserai élaborer par vous-même
sur ce dernier. Dites-moi, Jean, pourquoi le titre “Nègre et Prof en abrégé” ? |
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JMC.- Le
titre s'explique par ma carrière d'abord, parce que
la société québécoise est une
une société très différente de
la société américaine.
CF.- Elle se rapproche
de la société haïtienne, dirais-je ?
JMC.- Elle
se rapproche beaucoup de la société haïtienne,
mais quand vous arrivez par exemple dans une école
où l'on vous envoie enseigner, la première
chose qui frappe la clientèle c'est votre couleur.
Et, on m'avait envoyé dans un milieu où traditionnellement
les Haïtiens ne pouvaient pas demeurer longtemps,
parce que le milieu est un milieu défavorisé qui était
très difficile pour les minorités visibles.
Donc j'ai voulu commencer par montrer que dans ma carrière
il y avait deux étapes: une, pour les autres j'étais
un nègre, et ensuite, j'ai pris les moyens pour
devenir un “prof,” et ils m'ont accepté à bras
ouverts quand j'ai donné la preuve que j'avais certaines
compétences. |
CF.- Bravo!
Alors, moi, je ne demandais pas seulement le pourquoi de “Nègre,” je
demandais le pourquoi de “Prof.” Peut-être que je ne suis pas aussi
intégré dans la langue francaise comme vous à Montréal;
j'aurais dit “Professeur.”
JMC.- En général,
le mot “Prof,” c'est le mot qu'on emploie dans le milieu québécois.
CF.- Je taquine souvent
les Canadiens parce qu'ils ont des expressions francaises différentes
des nôtres. Par exemple, ils aiment souvent dire “tantôt.” Ils
disent aussi “bon matin” au lieu de bonjour.
JMC.- J'ai accepté ces
expressions, et souvent dans mon livre j'emploie des expressions même
créoles. Le soir, et très souvent dans la nuit, les Canadiens
disent bonjour, c'est-à-dire "au revoir".
CF.- Alors, Jean, vous
avez combien d'années à Montréal ?
JMC.- 30 ans. Je
suis citoyen canadien. Là-bas, après trois ans, si vous n'êtes
pas citoyen, vous ne pouvez pas enseigner.
CF.- Autre chose, Jean,
je vois que vous aimez beaucoup les citations. Je lis des citations tous
les jours à la radio. Alors, parlez-nous du livre, dites-moi,
est-ce un livre d'amour ?
JMC.- Un livre d'amour
que j'ai écrit d'abord comme une sorte d'autothérapie. J'ai
vécu tellement de choses dans l'enseignement. J'ai trouvé utile
de l'écrire pour faire vivre mon histoire par d'autres. Et beaucoup
de jeunes “prof” haïtiens vont certainement passer par ce même
chemin. Je veux leur venir en aide pour leur montrer qu'ils ne sont pas
seuls à faire cette expérience, il y en a d'autres avant eux
qui l'ont vécue, et voilà les moyens qu'ils ont pris pour réussir.
CF.- Ils ne savent
pas que pour les générations précédentes c'était
encore plus difficile. Nous étions des pionniers.
JMC.- Exactement.
Nous au moins on leur trace le chemin, ils peuvent avoir des modèles. Nous,
on devait aller tout chercher nous-mêmes.
CF.- Je le dis souvent.
Aux États-Unis, je suis venu ici à l'âge de 14 ans. En
route pour le Rhode Island, j'étais en transit à Miami et le
racisme battait son plein, la ségrégation et tout le reste.
Il y a de grands progrès, Les jeunes de notre culture et de notre
race qui grandissent ici, ils pensent qu'ils l'ont d'une facon difficile,
mais ce n'est rien
relativement à nous.
JMC.- Il faut penser
que c'était beaucoup plus difficile. Juste pour vous donner un exemple,
dans l'école où j'enseigne actuellement, quand j'ai commencé en
1986, il n y avait pas un noir dans l'école. Il y avait des batailles
quotidiennes entre Québécois et jeunes Haïtiens. Maintenant,
il y plus d'une centaine de noirs. Donc le chemin leur a été tracé.
J'ai voulu montrer que la race noire pouvait être compétente
et vivre avec la race blanche.
CF.- Ce que vous faites,
Jean Miotel Casthély, est admirable. Vous êtes musicien, vous êtes
sportif, et vous êtes écrivain. Quel est l'art que vous préférez?
JMC.- C'est mon trio
de passions et l'art que je préfère, cela dépend de
la saison. En été, certainement le soccer. Là-bas, l'hiver
ne pardonne pas. Je m'enferme chez moi et j'en profite pour écrire.
CF.- Jean, je lis ces
citations dans votre livre que j'aime bien: “ Il est bon de suivre sa pente, pourvu
que ce soit en montant.” André Gide. Et l'autre, “Toutes les grandes
actions et toutes les grandes pensées ont un commencement dérisoire.” Albert
Camus. Pourrais-tu nous donner un peu plus de détails?
JMC.- Le livre explique
pratiquement mon début de carrière, ce que j'ai fait pour m'impliquer
dans la société québécoise. Je ne suis pas resté dans
mon petit coin pour traiter les autres de racistses, non! J'ai réfléchi,
je suis
rentré en moi-même. J'ai vu mes qualités et mes défauts,
analysé comment je pouvais faire pour réussir dans le milieu,
mes expériences personnelles qui pouvaient servir à d'autres.
CF.- Nous, les Haïtiens,
et d'autres cultures aussi, nous ne lisons pas beaucoup. Même aux États-Unis
il y a un tas de gens qui ne lisent pas, pour la simple et bonne raison que
nous sommes exposés à l'internet, à la télévision,
radio, et tous les médias. Aussi, le temps nous fait défaut.
Je pense que c'est très important pour la population haïtienne
immigrante aux États-Unis et ailleurs de lire. Par exemple, c'est
pour cela que j'admire la Libreri Mapou, et j'aime bien le nom Libreri L-i-b-r-e-r-i,
le nom créole. En même temps cela attire aussi ceux qui
n'ont pas l'habitude de lire.
JMC.- C'est très
important de lire. On ne peut pas comparer vraiment le livre ave l'ordinateur.
Si vous voulez lire un livre, vous allez le chercher, c'est vous qui avez
décidé de le lire. C'est ce que je dis souvent dans l'école
où je suis actuellement. Quand je suis arrivé comme chef de
groupe en francais, les élèves ne lisaient pas un livre par
année. Maintenant ils en lisent dix. Donc on a implanté des
choses que j'aurais bien voulu avoir implantées dans mon propre pays.
Faire profiter aux jeunes Haïtiens mes connaissances, mais que voulez-vous
? Les circonstances ont voulu qu'on le fasse ailleurs.
CF.- Jean, quelle est
la dernière fois que vous avez visité Haiti ?
JMC.- J'y suis allé trois
fois en l'espace d'un an et demi. Je suis allé en 2000-2001, et 2002.
Je n'ai pas reconnu le pays évidemment après 27 ans.
CF.- Dites-moi, vos
sentiments intérieurs. Vous comptez finir votre vie au Canada
ou en Haiti ?
JMC.- Si je pouvais
retourner demain,en Haïti, je le ferais.
CF.- Vous
appréciez cependant le Canada pour son hospitalité.
JMC.- Je suis bien
au Canada et je remercie tous les Québécois pour leur hospitalité.
Ils m'ont permis de réussir ma carrière, et je ne suis pas gêné de
le dire. Je suis peut-être peu connu, mais je suis reconnu pour ce que
j'ai fait dans le milieu.
CF.- Les Québécois
me rappellent beaucoup les Haïtiens. Ils ont souffert en général
au Canada avec la langue francaise. Ils ont souffert comme nous. Mon cher Jean,
cela me fait grand plaisir de vous connaître, et d'apprendre que
vous allez avoir une vente signature de votre livre, Nègre et Prof, à la
Libreri Mapou. J'ai fait des conférences à la Libreri Mapou et
j'y ai interviewvé des écrivains. C'est un plaisir toujours d'y
aller et j'ai beaucoup d'admiration pour Jean Denis Mapou qui se donne énormément
pour la culture haïtienne, et de plus la librairie se trouve dans la Petite
Haiti. Il faut garder notre identité. La Petite Haiti, avec le temps,
peut perdre cette identité étant donné que la plupart des
Haïtiens qui s'y trouvent ne sont pas propriétaires. On peut les
envahir avec des nouveaux développements
et on changera le nom. C'est courant aux États-Unis.
JMC.- Vous savez, je ne connais
pas trop bien le milieu. Mais quand on parle du livre, ce dernier appartient à tous.
CF.- Alors Jean, vous êtes
un passionné du football, je m'excuse, du ballon pieds, ou comme vous
dites du “soccer.”Vous êtes aussi un passionné de la musique, et
vous aviez même un orchestre en Haiti. Le Dr. Casthély était
votre manager, malheureusement vous avez dû tout laisser tomber à votre
départ du pays. Et au Canada?
JMC.- Je n'ai jamais voulu
recommencer au Canada parce qu'il fallait fonder une famille. Ce n'était
pas le genre de vie que je voulais normalement pour ma famille. Je n'avais pas
non plus assez de temps, mais je n'ai jamais perdu
mon goût pour la musique. J'ai encore ma guitare et mon orgue, que je continue
de pratiquer, mais juste pour mon plaisir personnel.
CF.- Avant de finir ….Jean,
c'est pour quand la prochaine vente signature ici à Miami?
JMC.- Probablement le mois
de décembre de cette année.
CF.- C'était un plaisir
de t'avoir dans le Coin de Carl …Si on veut rentrer en contact avec l'auteur,
son téléphone est (450)653- 6132 et l'email est: jean_casthely@hotmail.com.
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