Haïti
2004: un Pays à rebâtir, une Nation à édifier.
Sur
une base économique. “ Au commencement était
le verbe ”…..suivi immédiatement de l' économie.
Dr
Michel LOMINY
Face à la dérive évolutive de
notre pays, après 200 ans révolus d ' indépendance,
nous devons faire notre mea-culpa, reconnaître humblement que nous
avons fait fausse route et penser sérieusement à rebâtir
notre pays et à édifier enfin une Nation digne de ce nom.
Mais, cette fois, il faut le rebâtir et l ' édifier sur une
base économique solide, seule capable d ' assurer et de garantir
sa stabilité et sa pérennité. Car, l e mal absolu
qui ronge et détruit notre pays est fondamentalement d ' ordre économique.
Ce mal, qui se manifeste par la pauvreté,
l ' infortune, l ' exclusion de la grande majorité de la population
et la dégradation évolutive de l ' environnement, constitue
le bouillon de culture idéal, le laboratoire le plus performant
pour produire ou engendrer les différents monstres, satrapes et
prédateurs qui ont dirigé notre pays tout le long de son
histoire. Si ce problème n ' est pas abordé ou traité à bon
escient et à la rigueur, nous courons le risque de nous retrouver
avec un autre monstre, du même acabit ou pire, à la tête
du pays.
C ' est également ce mal qui explique les tares
et les défauts les plus avilissants de la population: Analphabétisme,
Ignorance, Illettrisme, Malnutrition, Maladies, Surpopulation, Surpeuplement
des centres urbains, Bidonvilles, Promiscuité, Mendicité,
Délinquance, Drogues, Violence, Crime, Impunité, Dégradation
de l'Environnement et de la qualité de Vie, «Braceros», «Boat-people»,
Corruption, Dette interne, Dette externe, Mauvaise gouvernance, Ingouvernabilité (Entité Chaotique
Ingouvernable), Mise sous Tutelle, Occupation etc.. Et là, on tombe
en plein dans un pernicieux cercle vicieux: Plus on est ignorant,
mal nourri, malade, mal gouverné ou ingouvernable, sous tutelle
ou sous occupation, plus on s'enfonce dans la pauvreté et moins
on est capable d'en sortir .
Que faire: “ Au commencement était le
verbe ”….. suivi immédiatement de l' économie.
A un problème économique, il faut
une solution économique et non une solution essentiellement et uniquement
politique.
1) Faire ou actualiser l ' inventaire des
ressources naturelles et humaines dans chaque Département en vue
de l ' Aménagement du territoire.
2) Création dans le pays a) d ' un
Fonds d ' investissement dans les Infrastructures de base: électricité,
télécommunications, routes, adduction d ' eau courante, canaux
d ' irrigation, port, aéroport. b) d ' un fonds d ' entretien des
routes et d ' un service public chargé de la construction et de
l ' entretien des voies publiques. c) d ' une banque de développement
disposée à investir dans les domaines suivants: Tourisme,
Industrie des loisirs et du bien-être, Halieutique, Industrie informatique,
Agriculture, Agro-industrie.
3) Construire le réseau routier du
pays: 5000 kms de routes revêtues à standard international,
faisant le tour du pays et reliant entre elles toutes les villes et les
communes, de la périphérie comme de l ' intérieur,
afin de désenclaver et rompre l ' isolement de toutes les régions
du pays.
4) Construire l ' autoroute
de l ' électricité, tout le
long du réseau routier, c ' est-à-dire des lignes fiables
de transmission de l ' électricité, le réseau à haute
tension , couvrant le pays du nord au sud et de l ' est à l
' ouest, de telle sorte qu ' il soit possible d ' installer à l
' avenir une grande centrale à n ' importe quel endroit du pays
et d ' amener le courant dans les coins les plus reculés du territoire
selon les besoins. On évitera ainsi le morcellement de la production
en de petites centrales au diesel peu performantes avec un coût
de fonctionnement très élevé et dont la durée
de vie est relativement très courte.
5) Tendre à une production accrue
d ' électricité, en termes de milliers de mégawatts
(4000 à 5000 MW), capable de satisfaire les besoins en électricité de
l ' industrie du bien-être et des loisirs, des dizaines de chaines
d ' hôtels qui seront construites le long de nos côtes, de
nos stations balnéaires, des stades modernes de jeux, des palais
des congrès dans nos différents départements, des
maisons de vacance et de retraite pour personnes agées au haut de
nos montagnes à climat tempéré, de l ' agro-industrie,
de l ' industrie halieutique(pêche), des zones franches, des parcs
industriels, des ateliers, des manufactures, des usines, des écoles,
des hôpitaux, des universités etc., etc.
6) Concevoir, élaborer et pratiquer
une politique de conservation de l ' eau: A cette fin, équiper tous
nos cours d ' eau, de “ barrages-réservoirs ” de retenue d ' eau
servant, soit à en assurer la régulation, soit à pourvoir à l
' alimentation des villes en eau, soit à l ' irrigation des cultures,
soit à l ' alimentation des nappes phréatiques, soit à produire
de l ' électricité. Aucune goutte d ' eau ne devrait aller
se perdre inutilement dans la mer. Citernes géantes, chateaux d
' eau et lacs collinnaires compléteront la panoplie des moyens de
conservation de l ' eau, sans oublier le curage et la remise en état
des canaux d ' irrigation des terres agricoles.
7) Doter le pays d ' un service moderne de
télécommunications permettant aux haïtiens de communiquer
entre eux et avec l ' extérieur et favorisant l ' utilisation des
nouvelles technologies de l ' information et des communications (NTIC).
8) Aménager et mettre en opération
les différents Ports et Aéroports de province.
9) Edifier de nouvelles villes et de nouveaux
villages en des endroits ou sites appropriés dans les différents
départements afin de regrouper les populations rurales et faciliter
leur approvisionnement en services essentiels de base: électricité,
eau courante, téléphone, écoles, hopitaux, marchés
publics, églises, centre de loisirs, stades de jeux, etc..
A partir de ces infrastructures de base modernes et
fonctionnelles on pourra mettre les haïtiens au travail, libérer les
forces productives, attirer des investisseurs, créer des emplois,
produire des richesses, générer et développer une économie
solide, en particulier une économie de service, capable de financer
les solutions à nos problèmes majeurs d ' éducation,
de santé et d ' hygiène publiques, d ' environnement (déboisement),
de sécurité publique et de démocratie etc.. Notre
souveraineté dans l ' interdépendance est à ce prix.
Avec un tel programme, le chômage sera complètement
résorbé ou réduit à sa plus simple expression
pour les dix prochaines années et le pays sera en mesure de garder
en son sein ses ressources humaines, ses cadres, ses cerveaux, ses bras.
Finis les '' boat people '' sur les côtes de la Floride, des Bahamas,
de Cuba,. Finis les braceros dans les bateys dominicains etc.. Nous avons
besoin d ' eux pour nous développer, nous avons du travail pour
eux.
Pour cela, il faut repenser et surtout réorienter l
' aide internationale à Haïti avec l ' ambition de faire une
oeuvre utile et durable. Car, soyons réalistes, Haïti n ' a
pas les moyens de financer seul cet ambitieux programme.
Tout comme le pauvre a besoin de la solidarité du
riche pour s ' en sortir, Haïti, PMA de son état, a aussi besoin,
pour s ' en tirer, de la solidarité des pays riches, principalement
de la France, Elle qui est assujettie par une obligation d ' ordre moral
et par un devoir de solidarité vis à vis de son ancienne
colonie.
Cependant, au lieu d ' une aide humanitaire sans fin
ni cesse, le plus souvent dérisoire, à la limite contre-productive,
qui, à l ' évidence, ne fait que maintenir Haïti dans
un état permanent de pays assisté et de dépendance
avilissante, la communauté riche internationale avec la France en
tête, bilatéralement et à travers le PNUD, doit s '
engager, (dette morale et devoir de solidarité obligent), à nous
apporter une aide massive en termes de milliards de dollars (5 milliards)
dans la réalisation de ce programme-minimum certainement non exhaustif,
mais combien indispensable pour atteindre les objectifs, chers à nous
tous, d ' emplois productifs, de création de richesses afin d ' éradiquer
ce mal absolu qui a pour nom: pauvreté, infortune, et exclusion
sociale. C ' est une question de vie ou de longue agonie. Cynique!!!. Car
ces quelques miettes, que l ' on nous jette à chaque instant, à grand
renfort de publicités pour se donner bonne conscience, ne suffiront
point à nous permettre de nous stabiliser pour pouvoir avancer seul:
Rebâtir Haïti et édifier enfin la Nation haïtienne.
De plus les pays riches doivent consentir à l ' élimination
pure et simple de la dette externe d ' Haïti. Une Haïti moins
pauvre, devenue désormais pays émergent, ne sera plus réduit à demander
l ' aumône et pourra acheter davantage de produits manufacturés
des pays qui l ' ont aidé.
Préalables ou prérequis
pour consolider les fondements de la Nation haïtienne.
1) Réconciliation entre les différentes
catégories sociales, entre “ moun an deyò ” et “ moun la
vil ” , entre paysans et citadins, entre les bossales et les créoles,
entre les riches et les pauvres, entre les patrons et les ouvriers, entre
les haïtiens de l ' intérieur et ceux de l ' extérieur
(diaspora) etc., avec la ferme conviction et la détermination de
vouloir et de pouvoir vivre ensemble. Le pauvre doit savoir qu ' il a besoin
du riche pour sortir de la pauvreté et de l ' exclusion sociale;
Il doit donc “ aimer ” le riche. En revanche, le riche doit savoir qu '
il a un devoir de solidarité envers le pauvre. Que cette solidarité,
si elle est bien pratiquée et utilisée, se révélera
toujours payante. Une véritable symbiose à bénéfice
réciproque en résultera: le pauvre, s ' il est discipliné,
sortira de la pauvreté et deviendra riche et le riche deviendra
plus riche. A cet effet, nous devons cultiver, développer chez tous
les haïtiens le culte de la richesse et de l ' abondance, au lieu
du culte de la pénurie et de la pauvreté. Ici, je prends
le risque de blasphémer: La pauvreté est un péché!!!
2) L ' existence d ' une société civile
organisée responsable, participante, consciente de ses devoirs civiques,
prête à s ' engager et à s ' investir dans le milieu,
dans les infrastructures de base, les Universités, les écoles,
les hôpitaux etc.. et ne pas tout attendre de l ' Etat. Une société civile
prête à se mobiliser pour dire non chaque fois que l ' intérêt
général est menacé, sans pour autant s ' immiscer
dans la politique politicienne. «Il faut faire, agir et non subir».
3) Réconciliation entre l ' Etat et
la Société civile. Ces deux entités consubstantielles
et inséparables, doivent coexister pacifiquement, agir en partenaires économiques
et sociaux et participer ensemble, côte à côte, à la
recherche et à l ' application des solutions aux problèmes
collectifs.
4) Un système judiciaire impartial
fiable, non corrompu, indépendant et non inféodé au
pouvoir politique en place.
5) Respect absolu des biens privés.
Respect absolu des biens publics (biens de l ' Etat, Patrimoine national).
Respect absolu des Institutions. Respect absolu des lois.
6) Lutte implacable contre la corruption
et contre l ' impunité.
7) Gestion saine et transparente des finances
publiques.
8) Bannir et renoncer à la violence
sous toutes ses formes, en particulier le “ coupé tèt boulé kay ” pour
résoudre nos problèmes, politiques ou autres. Là où il
y a de la violence “ coupé tèt boulé kay ” , l ' argent
fuit, les cerveaux fuient, faisant ainsi perdre au pays les deux éléments
fondamentaux indispensables à son développement économique
et social. La paix sociale est indispensable au progrès et au développement économique.
9) Créer les conditions de sécurité,
de justice et de fiscalité non oppressive, pour attirer les investissements
nationaux et étrangers. 10) Pratiquer une poltique de
décentralisation avec déconcentration (délégation
de certains pouvoirs de décision aux agents ou organismes locaux)
pour permettre aux énergies et potentialitiés locales de
s ' exprimer. Il faut laisser aux populations locales et régionales
la possibilité de s ' impliquer, de s ' investir.
11) ‘'Dépolitiser'' toutes les Institutions
de l'Etat, et du pays en général, l'Ed'h, la Téléco,
le Conatel, l'APN, l'AGD, L'AAN, l'OFNAC, l'HUEH, l'OFATMA, les hôpitaux
publics en général, la CAMEP, le SMCRS, la Cour supérieure
des comptes, la PNH, les Tribunaux, l'ONA, l'OAVCT, l'ONM, la DGI, les
Archives nationales etc., etc.. Ces institutions ne doivent plus fonctionner
comme des Institutions gouvernementales. Ces institutions, qui ont une
fonction d ' utilité collective, une fonction sociale, une fonction
de service publique, doivent être mises à l ' abri des influences
partisanes le plus souvent néfastes des autorités en place
(népotisme, favoritisme de clan ou de parti, clientélisme, ‘'
clientélaide '' , sinécure, corruption, vol, fraude etc.)
mlominymd@yahoo.fr
apdese@yahoo.com