Editorial

POUR CESSER DE VIVRE AVEC LES FATRAS

par Adyjeangardy

 

Pour cesser de vivre avec des fatras il faut commencer par se rendre compte qu'ils existent et vivent partout tout autour de nous.. En Haiti la catastrophe écologique n'est pas de la simple littérature mais une réalité qui se met à nu dans la rue, dans nos rivières, dans nos sources d'eau et dans notre environnement immédiat. Depuis notre enfance, nos voisins de rue ce sont d'abord des tonnes de déchets qui se décomposent sous nos yeux avec dans leurs mixtures des vieux meubles, des pelures de mangues, des plumes de volailles, des chiasseries en longueur, bref ce qu'on jette au vent dans l'espoir de les voir partir vers la mer...

 

La réalité haitienne en temps de déchoucage ou non reste la même. La capitale d'Haiti, Port-au-Prince c'est d'abord 25000 mètres cubes de fatras disséminés dans toutes les rues avec 825 places à détritus qui repoussent en permanence comme des montagnes en champignons. 80% de la population n'ont pas accès aux services de collecte des fatras. 15% de gens voient enlèver leurs immondices par l'Etat qui utilise soit la CNE (Travaux Publics) ou le SMCRS (les Mairies), et 5% par le secteur privé avec une facturation mensuelle pour les sachets à remettre une fois par semaine. Les autres c'est à dire la majorité n'ont d'autres choix que de les bruler (20%) , de les envoyer allegrement dans les ravines à ciel ouvert (30%) , de les engoufrer dans des trous d'égout ( 10%) ou simplement d'en faire cadeau à la rue , n'importe ou (40%).

 

Cette situation devient de plus en plus insupportable. D'autant plus que l'Etat ne sait pas quoi faire de ses fatras collectés des 15% de la population: il les jette dans les entrées des villes, ou dans des décharges non traitées qui aujourd'hui deviennent de véritables poudrières pretes à exploser au sens propre comme au figuré. Quant au secteur privé, il accumule également des dépôts intermédiaires de déchets qui ne sont pas encore ni modernes ni recyclés traditionnellement pour du compostage agricole permanent. En Haiti dans la musique des fatras tout voum se do...

 

Les pratiques parallèles de collecte des déchets par les habitants sont tout aussi alarmantes : dans certains cas on entèrre des fatras qu'on nivelle pour la construction de certains bidonvilles au Sud de la capitale par exemple, au Cap , ou aux Cayes, dans d'autres cas on les brule tout simplement , dans de gros boucans qui font la joie des enfants et qui les tuent à la longue. Comme chaque haitien aime bruler ses fatras, on a fini par créer dans le pays un atmosphére ambiant pollué constamment de Dioxine et de métaux lourds. Dans les 825 chateaux de fatras parqués dans les carrefours et coins de rue se dégagent sans cesse des gaz à effets de serre. Ce qui rend le pays de plus en plus malade, réduit la longévité et cause de multiples cas de mortalité due à des problemes de respiration aigue.

 

Il importe maintenant de sortir de cet Etat de boue et de déchets, nous devons nous décider avant qu'il ne soit trop tard. Nous devons commencer par savoir comment collecter les fatras, les recycler ou les détruire, avec quoi, comment et à quel prix. La necessité de la mise en place d'un système de collecte adaptée à la réalité moderne (l'exemple de la Floride devrait être regardée de près) s'impose de jour en jour. En dehors de cela il nous faut nettoyer les anciennes décharges, ou en faire des usines de production de gaz (propane) à bon marché. Des projets sérieux sont encore dans les tiroirs de jeunes entrepreneurs et ainsi que les projets du secteur privé. Il suffit de les prendre au sérieux. En commencant d'abord par nous prendre au sérieux. Sinon dans moins de 20 ans nous risquons de fuir tous face au désert en Haiti qui risque d'etre peuplés uniquement de carcasses et de fatras multicolores. Ce n'est Nostradamus qui a pensé cette prophétie mais simplement la nature . Et elle ne ment pas...

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